Putain de race, m’a dit mon ange. Il en avait les larmes aux yeux. C’est quoi ton problème, j’ai fait. Il m’a dit : de problème
j’ai pas, t’es qu’une étincelle ! Simplement, l’étincelle, elle brûle… C’est pas ce que j’ai envie de ressentir !
Parce que tu ressens, toi, j’ai fait ? Il m’a dit : et pourquoi pas ? Tu te crois si unique, si singulier. Tu penses vraiment
qu’il n’y a que toi à penser ?
Je sais pas, j’ai fait. Et de fait je savais pas.
Qu'y a-t-il à savoir d’ailleurs ? Sinon que le chemin se trace, sinon que le chemin perdure ! Sinon que de l’ange on est loin ! Si loin…
Par Rohic
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…et finit par
se casser la gueule !
Petites histoires tristes pour l’hiver. En hommage à ma grand-mère, qui nous filait des bonbons quand on lui tirait la langue, le soir à la veillée, tandis qu’on se faisait
chier car on n’avait pas la télé et c’était bien triste tout ça…
Maman est morte
Au loin, on entendait la mer. J’ai pensé à la mienne qui était un peu sourde et qui, somme toute, n’habitait pas le littoral. Elle était un peu froide aussi. Je me suis mouillé mais je n’ai pas
pleuré. Ou l’inverse. On ne s’est jamais bien entendu d’ailleurs. Un peu de sa faute toujours, mais surtout à cause du boucan des vagues !*
Le bruit du silence (en famille)
Au loin, on entendait la route. Tout le monde braillait dans la voiture. J’avais envie de vomir. Je ne supporte pas la notamine à l’arrière. Papa a voulu m’en mettre une, mais c’est lui qui se
l’est prise, et de plein fouet encore. Alors j’ai fermé ma bouille, il y en avait partout.** Puis on a écouté le silence, tranquillement…
René, fée de la forêt
Au loin, on entendait René. Son chant se mêlait à celui des cerfs, il humait dru le marcassin. On dit même qu’il s’en tapait un, de temps à autre, qui brâmait à son tour, des décennies durant, au
cœur de la forêt. Puis la chasse a ouvert, alors on a mis des boules quiès. Et on l’a plus jamais entendu, le René, comme par hasard.***
* C’est pourquoi elle n’a jamais voulu venir sur le littoral, sa mère. Ça l’insupportait, ce bruit. D’où son étrange maladie, peut-être, à la vieille ? Qui est belle et bien sourde, ne
l’oublions pas ! Enfin… qui entend pas bien. En tout cas qui s’entend pas bien avec son fils, c’est sûr. Et puis, ce que j’en dis… Moi non plus, j’aime pas la mer de toute façon. Pas en hiver.
Pas comme ça.
** Du vomi, pour les distraits qui ne voudraient pas comprendre.
*** Sans commentaire.
Par Rohic
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Légende svelte…
After the world – Epilogue et notes
Donc, si un gars s’amène demain chez vous avec un marteau dans la poche, même si c’est pour réparer la gazinière (5) ou pour parler à une personne qui se trouve être votre mère d'une manière ou
d'une autre, voire de près ou de loin, virez-le illico. Demandez-lui même pas son prénom. Ce type n’est pas un saint. Enfin, je crois ? Ce type, je ne le connais pas. Ça s’est passé il y a bien
longtemps. Beaucoup d’entre vous s’en souviennent mais la plupart s’en branlent, logiquement. Ils sont morts de toute manière. C’est ce que dit cette étrange légende. Dans ce petit village et
entre ces petits villageois qui mouraient à 40 ans et ne vécurent pas bien longtemps… à l’époque ! (6)
(1) Ça fait pas mal comme ça, je trouve.
(1bis) Après, on s’est dit que c’était trop con de pas l’avoir appelé Sacha, le gars. Mais c’était trop tard aussi…
(2) Les goupilles n’existaient pas à l’époque. Notez-le. Cela a son importance pour la suite, vous verrez.
(3) Il faut lire le (2) avant pour bien comprendre.
(4) C’est surtout symbolique, vu qu’il n’y avait pas de faucille non plus, on s’en doute.
(5) En revanche, elle est d’époque, la gazinière, mais à gaz.
(6) Marrant comme histoire, non ?
* Bien amené, n’est-il pas ?
** Pareil que la (3) ?
Par Rohic
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Légende svelte…
Troisième époque - Le Grand Soir
Bah oui, avec tous ces événements, c’était encore plus la même ambiance au village. Un modèle s’était effondré. C’est pas que les gens ne se regardaient plus pareil, c’est qu’ils ne se
regardaient plus du tout. Alors évidemment, on s’est mis à se rentrer dedans. Un sacré bordel. Et chacun de réclamer son permis, du coup, pour plein de bonnes raisons, toutes meilleures les unes
aux autres. Comme si c’était déjà pas assez compliqué comme ça ! Maman n’est pas intervenu sur la chose. Elle a bien fait et j’aurais sûrement dû en faire autant. Mais il était déjà trop tard…
Les bosses ont enflé jour après jour, le ton montait, la rumeur se boursouflait, les bruits couraient confusément. Si bien qu’on ne s’entendait plus non plus. On était carrément devenus autistes
!
Puis soudain*, encore une fois, l’inévitable : 312.715 morts dans la nuit de la Saint-Sylvestre. On eut dit la Saint-Barthélémy ou pire, la Toussaint. Ça s’est clairement pas bien passé, leur bal
costumé. La police est intervenue en grandes pompes, puis les ambulances évidemment, qu’on a pas hésité à flinguer. Les mecs ne se tapaient plus dessus avec, ils se les balançaient, les marteaux
! On a renversé la dernière statue de Bruno. A coup de faucille (4) car on n'arrivait pas à la déboulonner.**
Bref, ça a été LA RÉVOLUTION. Enfin, à ce que j’en connais. Inutile de vous dire que tout de charvari avait dépassé depuis lurette les frontières du village. 312.715 morts, ça fait quand même un
peu beaucoup pour un petit village. Mais bon, comme on n’est pas des gars trop solides par chez nous, on a fait beaucoup d’enfants. 40 ans c’est pas vieux, faut nous comprendre. On est sympa
sinon, mais ça n’est pas le sujet. Car là, c’était franchement devenu irrespirable.
Le retour des mises à mort n'y a pas suffit. Le passage fut sévèrement clouté, suffisamment pour qu'on l'évite au demeurant. Mais je peux dire qu’on les a remballés les martoches, et à toute
berzingue encore. Finie la rumeur et les forts en gueule. Il n’y avait plus trop de gars pour brailler, faut dire. Maman s’était couchée, sa goutte lui faisait mal. J’ai failli m’assoupir aussi,
car la fin est dure –et un peu longue–, vous trouvez pas ?
Par Rohic
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Légende svelte…
Deuxième époque - Le boulon et la goupille
Cette histoire mal goupillée (2) était devenue si essentielle, si centrale pour lui et son entourage –le village, en somme–, qu’un jour, il en a pêté un boulon, le Bruno. Ça l’a pris sans
prévenir personne. Même lui s’est trouvé fort surpris car les boulons n’existaient à cette époque. Les clous certes. Mais il les avait plantés avec fracas, c’était réglé. Sauf que là, c’était
l’inconnu, l’inexploré. Alors évidemment, vous pensez bien, cette nouvelle situation lui fut rapidement très inconfortable.
Ainsi donc ça l’énervait, et il s’est mis à taper sur tout et n’importe quoi avec son marteau. Et surtout sur sa femme ! Sa progression spirituelle en fut stoppée net et il s’aigrit,
naturellement, un peu plus avec l’âge. Au fond, tout ça n’eut pas été si grâve si la pauvre fille –âgée de 27 ans alors qu’il en avait 50, eh ouais !– ne fut retrouvée morte un beau matin, à la
porte du village, avec un truc cloué au front qui ressemblait vaguement à un boulon, mais les gars n’en étaient pas sûrs, vu que les boulons, ça n’existait pas à l’époque. (3)
Si bien qu’on a viré fait-divers vite fait bien fait. Pas beau à voir le secret du polichinelle. Il en est remonté de la quincaillerie. L’affaire a fait grand bruit, bling bling surtout, et aussi
beaucoup d’images. Bruno fut banni à jamais, mais également à partir du 27, rapport à sa femme. Faut dire qu'on n’était pas des bœufs dans ce village, même si c’était une autre époque, on l’a
déjà dit. On organisa donc un procès retentissant. Maman était au bord des larmes. Alors on a débattu, villipendé, référendé, légiféré, pénalisé chacun dans notre coin, derrière nos rideaux, chez
nous quoi ! Paisibles en somme.
Maman pleurait toujours, mais personne n’en avait plus rien à foutre. Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Chirac était déjà loin, Bruno pareil… Le permis de port de
marteau allait pourtant bientôt sévir, sans compter le clou à deux euros. Encore une fois, plus rien ne serait comme avant !
Par Rohic
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Angles aigus…